Ce moment gênant où …

Ce moment gênant où …

… l’on se rend compte que l’on a voté avec l’estomac.

Il y a moins de 72heures, la France a connu un évènement historique, révolutionnaire, et nous citoyens de France sommes fier d’y avoir participé par notre vote. En bon citoyen nous voilà donc attentif à l’arrivé de ce candidat-entrant, et à la sortie du Président sortant.

Le premier regard est amusant. Parce que c’est un regard presque « people » porté par les médias traditionnels mais plus encore par les médias numériques. Costume, teinte acajou de la coiffe, mèche au vent, cravate de travers, bafouillage, tout y passe. Autant de maladresse du néophyte qui semble ne pas s’y attendre et se demande « et maintenant ? ». Même la presse, jusque-là si vindicative à l’égard du pouvoir se trouve adoucie. Le ton change, les intentions aussi, comme si E. Pleynel lui-même était redevenu l’agneau doux et délicat. Mais avec un agneau  y a forcément un loup non ?
C’est à ce moment-là que l’on regarde derrière soi et que l’on constate la différence de style avec le Président sortant. On se dit que certes la différence est abyssale, mais après tout, nous avons voté le changement non ?

C’est le moment gênant où l’on se dit que du « nabot » au « changement » il n’y a que 2 cm. Alors on se décide à regarder tout cela en détails….

Le second regard, lui est empreint de réalisme.

Un peu de lecture chez nos sondeurs favoris et l’on s’aperçoit que comme nous, 55% des électeurs du candidat entrant ont votés contre le Président, plutôt que par adhésion, que 48% des mêmes électeurs pensent qu’avec ce candidat élu la situation va se dégrader, qu’au lendemain de la « victoire » 70% des français n’ont déjà plus confiance alors même que l’élu n’est pas encore en fonction. Impossible ! Les sondeurs se trompent, comme toujours, alors nous décidons de lire la presse. Toute la presse.

C’est le moment gênant on l’on se dit que l’on n’a pas voté pour la nation !

Nous lisons donc la presse, écrite, numérique, et déjà des choses changent : les promesses. Le programme du candidat entrant disparait littéralement du site internet, ses équipes vont à rebours sur le blocage du prix de l’essence, et l’encadrement des salaires des patrons,  les banques ne tremble pas tant que çà, l’Europe impose une fin de non-recevoir à la renégociation des traités, le report annoncé du retour de nos soldats d’Afghanistan, les marchés vivent leurs vies aux dépends des états souverains, les élus de gauche se lançant à la course à l’échalote pour un poste ministériel… Il est ou ce volontarisme Européen ? Elle est où la croissance ?

Et ces Falcons du soir de la « victoire » (plus que jamais entre guillemets) qui nous laisse l’amère impression que l’on nous rejoue le Fouquet’s et déjà la fin de l’exemplarité.

C’est le moment gênant on l’on se dit que le changement n’est pas pour maintenant !

Alors on se raccroche à l’idéal poursuivit, au bien être de la nation, de la patrie, à l’idéal d’universalité que la France a toujours porté. Et nous observons inquiet que dans ces 72H là, déjà, tous les symboles de la nation sont mis à mal ! Des drapeaux étrangers chevauchant la tour de juillet, bien plus visible que le nôtre ! L’image sert d’ailleurs d’illustration aux medias internationaux couvrant l’élection du candidat entrant. Cet homme qui,invité aux commémorations du 8mai donne des interviews pendant que le Président fait conférence. Ce candidat élu qui veut continuer à vivre chez lui, hors le palais de l’Elysée, souhaite prendre son temps pour réfléchir au choix de son Premier ministre. Comme si lui-même fuyait la tâche qui lui incombe désormais se demandant « et maintenant… ? »

Au fond, m’aurait-on volé mon vote ? Mon élection ? Ma France ?

C’est le moment gênant on l’on se dit que celui-là il ne faut pas le tuer tout de suite comme nous l’avions fait il y a 5 ans.

Alors on se projette en juin, aux législatives, en se disant, donnons-lui une chance. Donnons-leur une chance de gouverner. Puis l’on se rend compte que toute la nation à fait le même raisonnement que nous, a rejeté le gouvernement en place, et n’a pas donné toute sa légitimité au candidat entrant. On réalise froidement que si les extrêmes ont fait de si beaux score ce n’est pas par extrémisassion de la société mais bel et bien par manque d’adhésion au nouveau venu.

Alors on observe encore et on comprend. Le MODEM est mort par refus d’assumer sa propre identité, l’UMP a perdu la bataille de l’image, EELV a oublié ses bases à la course aux ministères, le PS ne convainc pas. Restent les extrêmes.

C’est le moment gênant où l’on se demande si le PS ne refait pas à l’UMP, le coup de 1981, en poussant le FN pour tuer le Parti Communiste et pour anesthésier la droite.

Bref, ce moment gênant où l’on s’aperçoit que l’on a pas voté pour un idéal, mais contre sa patrie. Ce moment gênant où l’on se dit que l’on s’est privé d’une vraie chance historique. Ce moment gênant où l’on se dit qu’on va y penser tous les matins en se rasant jusqu’au mois de juin.

C’est le moment gênant où l’on décide d’assumer enfin ses convictions et d’assurer une légitimité non pas à un parti, mais à une politique, à une identité, à une nation.

Le Père Marcel ( @LePereMarcel ) . Citoyen. Français. Inquiet, cousin germain de Mdame Michu